Saint Augustin : identité africaine

Nacéra Benseddik
Editions du Cerf
Rédigé par :
Gilles Berrut
25 mars 2026
Review :
Frère Bruno Cadore
Patristique
Essai
Temps de lecture :
1
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Saint Augustin : identité africaine et ouverture à l’universel

Sous la direction de Nacéra Benseddik

Préface du cardinal Jean-Paul Vesco

Les Éditions du Cerf, 2026

Par contraste avec les présentations habituelles de saint Augustin, théologiques et occidentales, cet ouvrage collectif ouvre la voie à une découverte d’un homme profondément ancré sur son sol nord-africain, mais dont la pensée s’élargit vers l’universel.

Après une préface de présentation du cardinal Jean-Paul Vesco, le premier chapitre est du à Monseigneur Henri Teissier, archevêque émérite d’Alger, qui affirme qu’Augustin lui-même se disait « afer », africain, né à Thagaste, l’actuelle Souk Ahras. Dans une lettre à Maxime de Madaure, il lui lance : « écrivant, homme d’Afrique à des Africains, alors que tous deux nous sommes des Africains » (p. 18, Épître 17, 2). D’ailleurs augustin condamne sans appel les guerres de conquête romaines (p. 26, La Cité de Dieu, XIX, 7) ou la torture judiciaire pour ceux qui ne sont pas citoyens romains, avec une surprenante liberté de ton.

Marie-Anne Vannier, de l’Université de Lorraine, nous montrer le caractère unique des Confessions dépasse le cadre biographique, nourries par une conversion et une formation qui a permis à Saint Augustin de mettre des mots à son long cheminement vers la foi.

Nacéra Benseddik, archéologue algérien, replonge dans la Thagaste des fouilles (p. 62), pour montrer son origine libyco-berbères d’Algérie et de Tunisie.

Saïd Dahmani décrit l’axe Hippone-Thagaste qui est en quelque sorte un centre culturel du siècle de saint Augustin (350-450) et Sabah Ferdi retrace les voyages de l’évêque jusqu’en Maurétanie césarienne en 418, soit plus de 1 100 kilomètres (p. 108).

Enfin, Bernadette Nadia Saou décrit avec précision la crise donatiste qui divisa l’Église d’Afrique du nord pendant presque un siècle.

L’approche pluri-disciplinaire choisi pour ce livre nous permet d’approcher un Augustin original et fondé sur des arguments factuels. Bien sûr les travaux des chercheurs algériens permettent d’inscrire l’héritage africain avec une clarté scientifique qui donne au lecteur le sentiment de percevoir la densité de ses racines. Cet apport spécialiste rend parfois la lecture exigente, mais permet de se forger la réalité des faits rapportés.

Les atouts de cet ouvrage sont réels et multiples. Son approche pluridisciplinaire offre un portrait d’Augustin inhabituellement charnel, loin des abstractions scolastiques. Les citations sourcées, renvoyant aux œuvres originales avec leur numérotation précise, permettent une lecture à la fois enrichissante et honnête. On appréciera surtout la manière dont des auteurs algériens réinsèrent Augustin dans une généalogie africaine et amazighe trop souvent négligée par les lecteurs européens.

Comme l’écrit Monseigneur Teissier, Augustin, ce « Numide universel » est en quelque sorte le latin qui embrasse la sagesse libyennes, égyptiennes et perses, ouvrant sa découverte du Christ aux extrémités du monde alors connu.

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