Jesus et la rabbins

Olivier Catel
Editions du Cerf
Rédigé par :
Jean Claude Lavigne
18 avril 2026
Review :
Gilles Berrut
Écritures
Temps de lecture :
1
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Olivier CATEL

Jésus et les rabbins

CERf,2026

120 pages et 4 pages de références bibliographiques

Olivier Catel, un frère dominicain membre de l’Ecole Biblique et Archéologique Française de Jérusalem, nous livre dans un langage accessible un petit livre qui fait le point sur les relations que Jésus, juif, a développé avec les juifs de son époque tant les pharisiens que les hassidim et d’autres groupes de croyants juifs.

L’auteur va confronter les évangiles-en particulier celui de Matthieu- avec la littérature rabbinique (celle des Sages d’Israël) nous faisant ainsi découvrir un nouveau visage de Jésus mais aussi des pharisiens, trop souvent caricaturés par les auteurs chrétiens. Ces pharisiens attachaient autant d’importance à la Torah orale qu’aux Ecritures. C’est avec eux que Jésus dialogue et apporte un enseignement nouveau. Il critique la torah écrite, non en ajoutant quelque chose de neuf mais en lui donner tout son sens. Il la complète et participe ainsi à la dynamique de la torah orale en faisant découvrir de nouveaux aspects et en tout premier lieu, de manière originale, l’amour des ennemis et pas seulement celui du prochain.

Les hassidim constituaient un groupe qui avait son interprétation de la Loi. Jésus par plusieurs aspects est proche d’eux explique O. Catel qui présente quelques textes de cette « école » où ces hassidim confessent Dieu comme Père, font des guérisons, chassent des démons... mais Jésus diffère dans tout cela par le sens qu’il donne à ces gestes : il envoie des signes pour que les hommes croient qu’il est l’envoyé de Dieu, le Saint de Dieu. Il a une puissance personnelle qui témoigne de sa messianité. Les hassidim ont un idéal de pauvreté et promeuvent l’aumône. Jésus partage ces opinions, mais il invite à aller plus loin : à le suivre car il est Dieu. Jésus est le Messie venu inaugurer le monde nouveau et pas seulement un commentateur de la Torah, même s’il est proche de ce milieu des hassidim.

C’est du milieu pharisien que Jésus se montre le plus proche tout en dialoguant avec eux et en les critiquant parfois. Il les critique par rapport aux impôts, à pureté rituelle, au nom de la liberté qui vient de Dieu et dénonce ainsi ce qui s’oppose à l’esprit de la Loi ou même à la simple charité. Jésus débat avec les pharisiens dont il connait les arguments quant au divorce ou au respect du shabbat : il met au centre la miséricorde qui dépasse toutes les règles.    

Jésus parle souvent du royaume des cieux comme certains groupes juifs, comme p ar exemple les zélotes mais il se sépare de ces derniers : il ne tient aucun discours politique contre l’occupation des romains. Il propose cependant un autre type de royaume fondé sur la relation avec lui, sur la grâce reçue de lui.

Tous ces points montrent que Jésus connaissait bien les opinions des pharisiens et des hassidim, qu’il les comprend mais qu’il les renverse pour expliciter le vrai sens de la Loi et donner ses instructions à ses disciples. Cette posture le fait appartenir vraiment au peuple juif mais en ouvrant celui-ci vers une Loi plus complète.

C’était le but de l’auteur faire mieux connaitre les Sages d’Israël et l’originalité de Jésus dans la dynamique de la Loi orale. Il y réussi de manière simple et convaincante. Merci pour ce regard nouveau qui prend au sérieux l’incarnation du Fils de Dieu dans son peuple et son histoire.

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